Tout le monde a sans doute entendu parler des mines, quelques uns ont pu y pénétrer, des souvenirs restent, mais, actuellement, nous avons fort peu de renseignements sur ce qui a eu un impact très fort, et durant des siècles, sur l’économie du village.

En effet, en Haute Saône, le minerai de fer est présent dans beaucoup de places et cela donnait une importance très grande à la région, avant que les mines de Lorraine ne soient exploitées, donc jusqu’au milieu du XIXème siècle. Dans la région de Champlitte, entre Lure et Villersexel, des traces d’exploitation de minerai de fer sont encore apparentes, mais sous forme d’extraction de surface. Or, à Vellefaux, nous avions des mines, avec un minerai assez riche et cela donnait une importance considérable à cette exploitation, une des plus importantes du département.

Quand est-ce qu’elle a pu commencer ? Il est dit que dès la période gallo-romaine, le minerai de fer était exploité dans les vallées de la Saône, de l’Ognon et de la Lanterne, par la méthode des « bas fourneaux »*. Puis, ensuite, à partir de 1340, c’est le « haut-fourneau » qui est utilisé, avec fonte du minerai de fer dans une tour.

Il n’est pas impossible que les seigneurs portant le patronyme de Vellefaux aient déjà exploité cette mine. En effet, leurs descendants, la famille de Grammont, en est propriétaire en 1624. Cette année là, une visite des lieux est faite car le concessionnaire exploitant, Claude Coudry, cesse l’amodiation, (dans le secteur minier, une amodiation désigne l'acte par lequel le concessionnaire d'une mine en confie l'exploitation à une autre personnalité. Ce n'est pas une location ordinaire, car ici l'usage détruit la chose louée) dont il bénéficiait par contrat avec Jeanne Baptiste, veuve de Jacques Antoine de Grammont. L’état des lieux fait ressortir l’état très mauvais de certains d’équipements. En particulier, une roue à aubes, dont nous allons voir l’intérêt, est quasiment hors d’état. Quand on sait combien de temps une roue à aubes, toujours mouillée, peut rester dans un état correct, on peut donc supposer qu’ici, elle avait été mise en place bien avant 1624 et que sans doute vers 1500, les mines étaient déjà exploitées.

L’accès se faisait par un chemin encore visible aujourd’hui, même s’il a été supprimé au premier remembrement. (chemin mentionné sous « Chemin d’Echenoz »). En arrivant sur place, une petite cabane (nous verrons plus loin qu’il s’agissait d’un logement) était adossée à un bâtiment constituant la halle à charbon. Puis, derrière cela, nous avions le fourneau, une chaussée par où le minerai arrivait des mines, et un étang. Cet étang était situé au dessus de celui encore en place peu après la dernière guerre, et qui servait au moulin, situé à la place de l’ancienne scierie. Au moment de l’exploitation des mines, cette petite retenue d’eau avait un double rôle. En effet, nous verrons qu’il faut laver le minerai, et une eau ruisselante aurait suffit. Mais, pour faire un feu suffisamment fort, il fallait le souffler sans arrêt. Le petit étang affecté à la mine était en fait une retenue d’eau qui permettait surtout de faire tourner une roue hydraulique qui elle même actionnait deux gros soufflets qui animaient le feu. Cela était donc très pratique et pouvait expliquer l’intérêt des mines de Vellefaux où tout était sur une même place.

En suivant le croquis, nous pouvons suivre un morceau de minerai :

A : Il est extrait de la mine qui a eu jusqu’à cinq couloirs d’exploitation (des numéros sont encore en place).

B : Puis, est sorti sur des wagonnets dont une voie est encore visible sur une partie intérieure de la mine. Ces wagonnets sont tirés par des boeufs ou poussés par des charretiers, logeant sur place, avec ceux qui approvisionnent en charbon, dans une cabane à l’ouest du fourneau.          

Cette cabane portait bien son nom puisque c’était la « guimbardière ». NB : le wagonnet mis en place sur le giratoire à l’entrée de Vellefaux n’est pas d’époque, mais est une copie fidèle de ceux qui étaient poussés il y a 400 ans par des gens du village …

C : Le minerai est concassé, puis les morceaux sont  lavés dans l’étang. Deux lavoirs étaient en place

D : La hale à charbon a son entrée principale, encore partiellement visible à ce jour, orientée à l’est, ce qui est pratique, le charbon arrivant des bois alentours par l’accès normal aux mines. A noter à ce sujet que des places à charbon sont encore visibles au Bois de Rosière, dans la parcelle 1 de notre forêt communale aujourd’hui, mais propriété des seigneurs de Vellefaux à l’époque.

E : Minerai et charbon se retrouvent dans le haut-fourneau, en forme de tour carrée, ceint sur son pourtour par deux armatures de bois, à environ trois mètres de hauteur. On peut donc supposer une hauteur totale du fourneau de six à sept mètres, ce qui est bien un « haut-fourneau », même s’il n’atteint pas les vingt mètres que les hauts-fourneaux auront au XIXème siècle dans les aciéries lorraines. Le fourneau est chargé, avec alternativement une couche de minerai et une couche de charbon de bois.

Le feu permet d’atteindre les 2000° nécessaires à l’extraction de la fonte. Elle est récupérée dans des pots (Pierre Frangueron est « pouthier » soit potier de fonte, en 1624). Cette fonte sera ensuite rechauffée, puis affinée et donnera le fer. Le laitier (déchet) était utilisé pour empierrer les chemins, et encore récemment, il en restait des traces dans les terrains proches, notamment aux « Grands prés » où les lames de faucheuses ne résistaient pas quand ces morceaux, durs comme du verre, étaient pris dans leurs dents. On peut supposer qu’à cette période, au minimum une trentaine de personnes étaient employées sur le site. Certaines logeaient sur place, puisque, lors de l’état des lieux de 1624,en plus des charretiers qui logent dans la « guimbardière », le « pouthier » déclare que, logeant sur place depuis plus de six ans avec les commis, il avait déjà vu, à son arrivée, de l’eau coulant sous la halle à charbon. On peut constater actuellement que l’eau coule toujours, et à la même place, au dessus de la source principale qui a été captée il y a une quarantaine d’année…

Nous n’avons pas actuellement de renseignements précis sur la période 1650 – 1830.

On peut supposer que l’exploitation s’est poursuivie, mais à commencé de perdre son importance au fur et à mesure que les aciéries utilisant charbon et minerai provenant de mines profondes (Nord et Lorraine) se développent, donc au milieu du XIXème siècle.

En 1830-1831, (source Archives départementales), les mines sont divisées en 5 galeries de pendage, diagonales et ayant respectivement 4, 6, 7, 8 et 10 mètres de longueur, pour une largeur variant, dans chaque galerie, entre 6 et 8 mètres. Par contre, partout la hauteur est régulière, d’environ 4 mètres.

A ce moment, deux ouvriers travaillent à l’extraction du minerai jugé de bonne qualité.

Le fourneau visité en 1624 n’existe plus, et le minerai est transporté vers les fourneaux de Breurey les Sorans (sans doute l’actuel Sorans les Breurey), du Magny, de Baigne et de Montagney. Ces fours produisent de la fonte, « moulée et affinée » qui est ensuite utilisée dans la fabrication de fil de fer. On peut supposer que, quelques décennies plus tard, cette fonte ira dans les célèbres fourneaux, de Baigne, ou de Larians.

En 1833, la concession pour l’exploitation des mines de Vellefaux est demandée par Joseph Gauthier, maître de forges habitant Beaumotte les Montbozon et exploitant d’autres mines dans la région (Fresne, Soing, Vezet, Vellexon).

Une ordonnance royale de Louis Philippe lui accorde la concession le 6 janvier 1837.

Il va mettre alors 12 ouvriers dans les mines de Vellefaux, qui sont employés à l’exploitation proprement dite, au moyen de la poudre, les autres cassant ou triant le minerai. A ce moment, la dynamite est donc utilisée, et on peut encore voir l’abri où il était stocké, en extérieur contre les rochers. On peut supposer que les autres structures pour la sortie des matériaux et leur lavage sont toujours celles utilisées deux siècles auparavant, car le chemin de halage à la sortie des mines et l’eau pour le lavage n’ont pas pu changer de place !

Jusqu’à quand le concessionnaire a-t-il exploité ? Difficile à dire. Quelques textes très courts font supposer que les mines ont été exploitées irrégulièrement, avec une période creuse entre 1841 et 1847. Mais, leur profondeur actuelle, n’est plus du tout de 4 à 10 mètres comme en 1830, mais va de 20 à quelques 80 mètres … Autant dire que l’exploitation a été une dizaine de fois plus importante que depuis les années 1620 …

Les mines servent de refuge à la population qui se cache pendant les passages des troupes de Hulans entre septembre et décembre 1870. En effet, durant cette période, les armées font des allers et retours entre Belfort, Nuits, Villersexel, Baume-les-Dames. Francis Roussel, disait même être né, le 20 novembre 1870, pendant une de ces mises à l’abri dans les mines. Ce n’est pas impossible.           

A la fin de l’année 1903, l’autorisation officielle prend fin car les bénéficiaires renoncent à bénéficier de la concession. On peut donc supposer que l’exploitation vient de s’arrêter.

Une carte postale de 1901 montre les lieux. On peut y voir les rochers bien dégagés, ce qui abonde dans le sens d’une exploitation minière encore toute proche. En effet, si les mines n’avaient plus été exploitées depuis quelques dizaines d’années, les places nécessaires pour le passage des wagonnets, le lavage et le stockage des matériaux auraient été abandonnées et la végétation se serait très vite développée, comme elle le fera une trentaine d’années plus tard.

Le chemin d’accès est toujours le même, juste au pied des rochers. Par contre, tous les anciens équipements ont disparu, sauf peut-être, sur la droite, un reste de mur de la halle au charbon. Ses restes actuels la situe à l’ouest de cette halle à charbon, donc approximativement à l’ancien emplacement du haut-fourneau..

Après les documents des Archives, ce sont des témoignages oraux qui peuvent nous permettent de retracer les dernières exploitations. Ils viennent des souvenirs des plus anciens du village.

Les dernières galeries creusées sont proches de celle portant actuellement le numéro 5 (donc aucune nouvelle galerie n’a été ouverte après 1830). En effet, les témoignages disent que l’exploitation a souvent été gênée par l’eau, présente surtout dans cette galerie, et qui rend l’accès difficile.

Puis, en 1930 ou 1931 un ingénieur nommé Vauthier a repris l’exploitation avec Larcher. Ils espéraient que l’Etat leur cède la concession, mais, hélas pour eux, ne pourront qu’être exploitants. Le minerai sorti était transporté par André Véjux et Maurice Lyautey jusqu’au lieu-dit Montoillot (emplacement de l’actuelle 4 voies). Là, il était repris par camion pour la Moselle. Auraient été mineurs à l’époque : Marquet et Charles Gauthier, de Vellefaux, et Louis Leslourdy d’Echenoz. 

Une photo de Marquet, avec sa brouette de minerai prouve la réalité des choses. Il habitait encore sur place, comme ses prédécesseurs de 1624, dans la cabane à l’entrée du site. Cela reste dans la mémoire car les enfants du village, grimpés sur les rochers, se faisaient un plaisir de viser le tuyau du fourneau sortant du toit avec les frondes ou les jets de cailloux.

Par contre, une dernière utilisation des mines avant qu’elles ne deviennent le biotope  des chauves-souris et soient classées en réserve naturelle en 1980 : elles seront encore un abri, cette fois pour les habitants du village qui craignaient les bombardements au mois d’août 1944. C’est de là qu’ils ont bien vu arriver d’Echenoz les chars alliés, derrière le « Moulin brûlé », par les « Prés Dodez » et « Au d’là du ruisseau » …

 Jean-Claude Roussel Octobre 2010 et  « La sidérurgie en Haute Saône au XVIIème siècle » de Louis Jeandel, Salsa n° 72 décembre 2008.